Liv Strömquist dans le palais des miroirs

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En 2003, la philosophe Susan Bordo affirmait que nous vivons dans un « empire des images » et, ces dernières années, cette expression est devenue de plus en plus vraie. Un appareil photo ou un iPhone à la main nous alimentons sans cesse les médias sociaux et nous nous noyons dans un flot d’images. Nous communiquons par l’image, nous datons les événements par le biais d’images, nous racontons notre vie et nous connaissons celle des autres par des images et nous avons même des réunions Zoom avec une autre image.
En 1979 déjà, le sociologue Christopher Lash dressait ce constat dans son livre La culture du narcissisme : « Nous vivons dans un tourbillon d’images et d’échos qui interrompt l’expérience et la rejoue au ralenti. Les caméras et les machines à enregistrer ne tran­scrivent pas seulement le vécu, elles en altèrent la qualité, donnant à une grande partie de la vie moderne le carac­tère d’une énorme chambre d’échos, d’un palais des miroirs.» Aujourd’hui, peaufiner l’image de soi – la façon dont chacun se présente dans une photo – occupe une partie considérable de notre quotidien. La beauté de cette image en est devenue un élément central ; cela est vrai en particulier pour les femmes qui doivent maintenant l’entretenir tout au long de leur vie, bien plus longtemps qu’auparavant. En affichant toutes les photos publiques d’elle-même chaque femme est devenue, d’une certaine manière, une célébrité et chaque jour nous sommes accablés par des milliards de photographies et de selfies de femmes magnifiques, dont la beauté est à la fois célébrée, idéalisée et appropriée par le capitalisme qui en a fait une marchandise.

Dans les pages de Dans le palais des miroirs, livre qui marque son retour à la bande dessinée après une pause d’un an, Liv Strömquist analyse l’idéal contemporain de beauté féminine développant sa réflexion en cinq différents volets qui explorent tour à tour ce sujet sous un angle différent. Liv y décortique les raisons du succès de l’influenceuse Kylie Jenner, évoque le mythe biblique de Jacob, Rachel et Leah ou les déboires de l’impératrice Sissi, s’attarde sur fameuse dernière séance de photos de Marilyn Monroe ou analyse le personnage de la belle-mère de Blanche-Neige. Autant de thèmes choisis pour nous parler du désir mimétique qui nous pousse à nous imiter les uns les autres, du lien étroit entre apparence et amour, de la façon de photographier aujourd’hui les femmes, du changement du rapport entre vieillissement et beauté et de comment l’image de soi peut devenir un encombrant fardeau. Fidèle à son style, toujours tranchante, ironique et drôle, Liv Strömquist appuie son propos sur les déboires d’une foule de personnages historiques, acteurs et stars de la télé tout autant que sur la pensée de philosophes, historiens et sociologues tels Simone Weil, Zygmunt Baumann, Byung Chul Han, Eva Illouz, René Girard, Elaine Scarry ou Richard Seymour.

Dans le palais des miroirs paraîtra en Suède et en France, chez Rackham, à l’automne 2021.