Le trésor de Lucio

Figure emblématique de militant libertaire, Lucio Urtubia Jiménez était, avant tout, un homme d’action. Car, comme il aimait souvent le répéter «Un révolutionnaire qui ne fait rien finit pour ressembler à un curé». Toute l’existence de Lucio a été une lutte incessante contre l’oppression et pour un monde libre et juste ; au soir de sa vie, il a accepté de la raconter lors de longues entretiens avec Mikel Santos «Belatz» pour en faire une bande dessinée. C’est son héritage, le trésor de Lucio. De son enfance dans un village de Navarre à son émigration en France, de son travail de maçon à ses premiers contacts avec l’anarchisme, des expropriations au dépens des banques en soutien à la lutte contre le fascisme à la fabuleuse arnaque aux chèques de voyage qui a fait chanceler la First National City Bank et crée des remous jusqu’au sommet de l’État français, la bande dessinée de «Belatz» ne néglige aucun épisode de l’aventureuse trajectoire de l’anarchiste navarrais dans un récit plein de force, de passion et d’action, tout comme la vie de Lucio.

Mikel Santos, mieux connu comme Belatz, dessinateur, scénariste et illustrateur navarrais. Après avoir collaboré avec l’atelier graphique Kukuxumusu il fait partie aujourd’hui de l’équipe créative de Mikel Urmeneta. Il a illustré des albums jeunesse tant en Espagne qu’à l’étranger, notamment l’adaptation pour Penguin du film L’Étrange Noël de Monsieur Jack, de Tim Burton. Il est également auteur et co-auteur de nombreux manuels scolaires, campagnes institutionnelles et publicitaires, ainsi que des albums 90 minutos en el Reyno (Fundación Osasuna) et Una aventura en tres tiempos (Gobierno de Nafarroa). Le trésor de Lucio est son œuvre la plus ambitieuse à ce jour.

Lucio Urtubia Jimenez (Cascante, Navarre, 1931 – Paris, 2020) nait au sein d’une famille modeste de cinq enfants, d’obédience républicaine. Il grandit au soleil au milieu des vignes et des oliviers, maniant la pioche et multipliant les espiègleries. Pendant son service militaire il se découvre très tôt une veine de contrebandier mais en 1954, s’étant fait attraper, il s’enfuit en France et s’installe à Paris ou il travaille comme maçon et commence à fréquentes le milieu anarchiste. Ses camarades de chantier lui passent des journaux ouvriers et libertaires, il assiste à des conférences d’Albert Camus ou André Breton, à des concerts de George Brassens ou Léo Ferré. Il s’engage dans la lutte libertaire et antifasciste, héberge chez lui le guerrillero Quico Sabaté, il falsifie des passeports et du papier-monnaie, braque des banques, imprime et distribue de la propagande ouvrière et anarchiste et met la First National Bank à genoux en inondant le marché international de faux chèques de voyage. Homme à la fois rebelle et humble, solidaire et engagé, il a relaté une partie de sa fascinante existence dans deux livres : La revolución por el tejado et Mi utopía vivida. En 2016, Emile Navarro et Christophe Marsat lui consacrent le documentaire Qui es-tu Lucio ?