Tomka, le gitan de Guernica

Le 18 juillet 1936 éclate la Guerre civile espagnole ; quelques jours plus tard l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste s’engagent ouvertement dans le conflit. Mussolini envoie des bombardiers aux putchistes en difficulté et Hitler déploie les avions de sa légion Condor. Quelques mois après, cette dernière se rendra coupable d’un des plus horribles crimes de cette guerre… Le 26 avril 1937, il y a tout juste 80 ans, un déluge de feu s’abat sur la ville basque de Guernica. La vie de Tomka bascule en quelques instants. Sa femme, son enfant… tout son monde disparait sous les bombes fascistes. Désormais Tomka le gitan, l’étranger, ne va vivre que pour la vengeance. La loi de son peuple veut que les coupables soient châtiés par la mort et il s’enrôle dans l’armée républicaine, uniquement parce qu’on lui donne un fusil à pointer sur les assassins de sa famille. La guerre des pajos va être aussi sa guerre et sa détermination farouche l’aidera à supporter la faim, le feu, la stupide discipline de l’armée. Au siège de Huesca, Tomka rencontre Amalur, belle et courageuse combattante basque. L’amour qui nait aussitôt entre eux les accompagnera de bataille en bataille, de défaite en défaite, jusqu’à la débâcle finale. Leur passion semble avoir survécu à la folie meurtrière des hommes, mais c’est sur le chemin de l’exile, à un pas du salut, qu’un ultime drame les attend, plus terrible encore que la guerre même.
C’est par des images puissantes et évocatrices, par des dialogues courts et secs, que Massimo Carlotto et Giuseppe Palumbo nous plongent au cœur du conflit, le dernier moment de notre histoire récente où – comme le dit Carlotto – « les paroles de chansons et le sens des rêves ont eu une chance de devenir réalité ». Carlotto et Palumbo ont choisi de laisser les faits historiques en toile de fond pour dégager avec plus de force les traits de leurs personnages : Tomka le gitan qui se bat pour venger les siens, mais aussi le syndicaliste noir américain qui a fui les racistes du Klan ou le gradé des troupes marocaines, chair à canon des franquistes, qui se dresse contre ses supérieurs. Dans les histoires de ces personnages, marginaux aux enjeux de cette Guerre civile mais inéluctablement happés par son engrenage infernal, revit – loin de toute rhétorique – la mémoire de tous ceux qui se sont battus jusqu’à la mort contre le fascisme et pour leurs idéaux.

Massimo Carlotto (Padoue, 1956) est un des plus populaires écrivains italiens de romans policiers. Ses livres ont été traduits en plusieurs langues et adaptés au théâtre et au cinéma. En France, il a été publié par Gallimard (La Vérité de l’Alligator) et Métailié (Arrivederci amore, Le Maître des nœuds, Rien, plus rien au monde, Padana city, J’ai confiance en toi, À la fin d’un jour ennuyeux).

Giuseppe Palumbo est né à Matera en 1964. Après des études en Lettres Anciennes il se diplôme en Archéologie tout en réalisant ses premières bandes dessinées. En 1986 il crée le personnage de Ramarro, superhéros masochiste et désabusé, véritable symbole des années ’80 dont les aventures sont publiées dans les revues Frigidaire et Tempi supplementari. À partir de 1995 il entame sa collaboration avec l’équipe de créateurs de Martin Mystère, un des personnages de bande dessinée plus populaires d’Italie, et en dessine de nombreux récits hors série. En 2001, il réalise le remake de Diabolik, véritable monument de la bande dessinée italienne ; son interprétation connaît un énorme succès, tant qu’il en réalise depuis un nouvel volume chaque année. Parallèlement, Palumbo développe une production plus personnelle, se tournant souvent vers les adaptations littéraires : il a adapté en bande dessinée des textes de Massimo Carlotto, Giancarlo De Cataldo et, surtout, Rocco Scotellaro dont il partage les origines lucanes. Il vient de publier aux éditions Dargaud El Patron, une biographie du baron de la drogue Pablo Escobar sur scénario de Guido Piccoli.

De Palumbo, Rackham a publié Journal d’un fou, adaptation en bande dessinée d’une nouvelle de l’écrivain chinois Lu Xun.