Roi Charbon

La naissance de la peinture en tant que représentation figurée, telle qu’elle est communément reconnue, serait liée à un acte d’amour, comme bien des mythes fondateurs. A en croire l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, on la doit à la fille de Dibutade, potier qui exerçait son art à Sicyone, en Grèce. Afin de conserver la trace du visage de son bien-aimé contraint de partir pour l’étranger, la jeune femme se servit des contours formés par son ombre pour en graver les traits sur un mur à l’aide d’un bout de charbon de bois.
Dans son nouvel album, Max revient à ce récit des origines et étend le champ étymologique du terme latin filum – qui désigne tout autant une idée qui s’esquisse en acte, au sens propre, qu’en pensée, au sens figuré. Son histoire, dans laquelle image et narration s’allient, laisse se déployer, se détisser, se tendre et s’entrelacer les fils d’une allégorie ininterrompue, pour former un canevas hypnotique. C’est une plongée virtuose dans l’essence et la substance mêmes du dessin que Max mène avec rigueur et humour.
Roi Charbon contient des vestiges, des traces et des résidus des trois fils (les trois stoppages étalon) de Duchamp, du non-sens (le A-sense) d’Edward Lear, de vieilles comptines et de fabulettes, des grotesques de la Villa de Néron, de la chasse à la corneille dans le Comté de Wiltshire, de Guignol et des théâtres de marionnettes, de cornets de glace, de chapeaux pointus et des fils de fer.