Petite Jérusalem

Petite Jérusalem

Quelques jours après la chute du Mur de Berlin, un homme revient dans la ville qui l’a vu naître… et que peut-être il n’a jamais quitté. Il en arpente les rues dans un périple sans fin et ne s’arrête que pour écrire des courtes lettres à sa grand-mère, sans pourtant en attendre une réponse. Le passé refait lentement surface et ses souvenirs se fondent aux récits entendus de la bouche de ses proches… Il est entouré par des ombres qui se dessinent sur les murs ; les façades fatiguées des immeubles lui renvoient l’écho de langues désormais oubliées. Les fantômes des anciens habitants l’entourent mêlant leurs voix avec celles des hommes et des femmes, ceux-ci bien réels, qui les ont remplacés.

En redonnant vie et forme à ses souvenirs familiaux, Elettra Stamboulis brosse par petites touches un portrait intime de Salonique, trait d’union entre l’Orient et l’Occident, ville à l’histoire millénaire et aux multiples facettes séfarades, valaques, arméniennes, pontiques, albanaises ; ville emblématique d’un pays à l’identité hybride, la Grèce. Petite Jérusalem en parcourt l’histoire récente : l’Occupation allemande, l’extermination presque totale de sa communauté juive, la Guerre civile qui l’a divisée et ensanglantée, comme le pays tout entier. La plume d’Angelo Mennillo redouble la dimension poétique du texte de Stamboulis et forge une clé de lecture puissante et originale de l’histoire en noir et blanc qui a été, et continue d’être, celle de la République hellénique.

Interrogée à propos de son livre, Elettra Stamboulis a dit : « Petite Jérusalem est un hommage aux absents: mon récit débute tel un voyage dans la mémoire chaotique d’une famille, celle de mon père, qui toujours, et de bon gré, raconté des histoires mais n’a jamais voulu les écrire. Le protagoniste porte le nom de mon cousin, pense comme mon oncle et comme lui parle plusieurs langues, tout en racontant de bribes de ses souvenirs. L’impossibilité de raconter ses propres histoires a donné naissance, comme dans beaucoup de familles, à nombre de récits mythologiques. Une couche de poussière s’est posée sur les souvenirs et fait disparaître des visages et des évènements. Pourquoi ne pas dépoussiérer tout cela ?

Ce qui m’intéressait par dessus tout n’était pas d’écrire une autobiographie ; c’est la raison pour laquelle le protagoniste revient dans un lieu qu’il n’a jamais quitté, marche et écrit des lettres à sa grand mère, dont nous ne connaissons pas les réponses. Dans cette histoire qui se déroule peu après la chute du Mur de Berlin, je voulais faire parcourir au lecteur un périple à travers une ville d’ombres, la cité de Salonique, où nous retrouvons la progéniture des vieux fantômes et où des nouvelles langues et de nouveaux habitants remplacent celles et ceux que le XXe siècle a emporté avec lui.

Nous connaissons beaucoup de choses sur l’histoire de la Grèce ancienne : c’est une sorte de passeport à l’usage de la soi-disante civilisation occidentale pour s’abreuver à la plus orientale de des sœurs. Mais, paradoxalement, nous savons bien peu de l’histoire récente de ce pays, de son identité hybride […] Sans parler de la Guerre civile, évènement embarrassant et refoulé, jamais présenté comme l’épilogue douloureux de celle qu’on appelle la Guerre froide, qui froide a été seulement pour certains. En Grèce, elle a divisé et ensanglanté le pays jusqu’en 1974. »