Plus cool tu meurs

- Dans sa dernière bande dessinée, Alex Robinson se fait remarquer une fois de plus pour la maîtrise du scénario, le soin dans la construction de la psychologie des personnages, l'extrème justesse du récit.

An 2010. Andy Wicks est un informaticien bien installé, la petite quarantaine et le cheveu rare. Il a tout tenté pour arrêter de fumer : l’abstinence, les patchs, les chewing-gums à la nicotine... il demeure un fumeur invétéré. Pour faire plaisir à sa femme, sans trop de conviction, il va essayer de guérir son addiction par l'hypnose. Andy est loin d'imaginer ce qui l’attend : une fois la séance commencée, il est propulsé en 1985 - dans la peau de l’adolescent déglingué et maladroit qu’il était -, à l’époque du lycée, tout juste quand il a allumé sa première cigarette. Andy ne retrouve pas que le souffle de sa jeunesse et une épaisse tignasse, il se replonge dans un univers avec ses codes et ses préoccupations : les filles, les blagues douteuses, une certaine cruauté, les amitiés fortes et, encore une fois, les filles. Va-t-il revivre les erreurs du passé ou saisir cette fabuleuse opportunité pour faire enfin les bons choix ? Que va-t-il faire, cette fois, à la sortie de la classe de math ? Aura-t-il le courage d'adresser la parole à la petite Marie ?

illtoocoolÀ la lecture des premières pages, on pourrait prendre Plus cool tu meurs pour une de ces histoires de voyage dans le temps qui foisonnent dans la bande dessinée, la littérature et le cinéma (Alex est, soit dit en passant, un grand amateur du genre) où le protagoniste se retrouve dans le passé et essaye, avec plus ou moins de fortune, de changer le cours des événements futurs. On observe Andy se demander avec angoisse s'il devra tout revivre à nouveau, ce qu'il pourrait changer et, surtout, s'il devrait le changer. On s'aperçoit vite que toutes autres sont les intentions de Robinson (et on n'en dira pas plus pour ne pas vous priver du plaisir de le découvrir vous mêmes), qui n'a choisi cette clé narrative que pour conférer légèreté et vivacité à son histoire. Le procédé fonctionne d'ailleurs à merveille, servi par un découpage dynamique et des dialogues parfaitement travaillés, drôles, souvent très intenses. Alex Robinson démontre une fois de plus son habileté dans la construction de caractères à la psychologie complexe ; les personnages qui peuplent Plus cool tu meurs sont dépeints avec une vraisemblance qui n'est pas seulement le fruit des souvenirs personnels de Robinson (élève d'un petit lycée de province dans les années... 80) ; l'auteur a prêté une attention toute particulière à déjouer un par un les clichés sur les ados des eighties véhiculés par Hollywood. Libérés de ces poncifs, ses personnages recouvrent pleinement leur caractère universel. À la différence de De mal en pis et de Derniers rappels, le scénario n'est plus structuré autour de fils parallèles qui se croisent dans la progression du récit mais se déroule de façon linéaire, strictement chronologique, centré sur un seul et unique personnage. Cette linéarité est, par contre, constamment animée en alternant des effets plus graphiques à des séquences denses de dialogues auxquelles l'auteur nous avait habitué dans ses œuvres précédentes. Ces changements de rythme, tout à fait nouveaux dans le style narratif de Robinson, servent à la perfection son travail d'exploration de la psychologie du personnage.

Si Robinson abandonne, le temps de cette histoire, le monde des jeunes adultes frustrés et inquiets de leurs débuts dans la « vraie » vie pour les couloirs bouillonnants d’un lycée de province remplis de jeunes qui ont un pied dans l'adolescence et l'autre timidement posé dans l'âge adulte. Il affirme une fois de plus son intérêt pour ces passages clé de l'existence, qui structurent profondément le caractère et influencent de façon déterminante le cours de nos vies. En engageant une réflexion sur le pourquoi et le comment nous sommes devenus ce qui nous sommes, Alex Robinson rejoint, à côté de Gilbert et Jaime Hernandez ou Daniel Clowes, le cercle très fermé des auteurs de bande dessinée qui explorent et racontent le mieux la condition humaine.

Plus cool, tu meurs, voilà le titre de cet album plus que recommandable. A refiler à tous les fumeurs, à tous les anciens fumeurs, à tous les ados et à tous les anciens ados. A tout le monde, en d'autres mots.

bibliobs.nouvelobs.com

Alex Robinson livre un album de grande qualité et qui, bien que tassé, mérite largement qu’en soient tirées plusieurs bouffées..

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Alex Robinson

Plus cool tu meurs

ISBN 978-2-87827-126-3
Format cm 20 x 14
128 pages en noir et blanc
Couverture souple avec rabats
Prix de vente public : 14 €

 

En librairie le 23/09/2009

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