La Dette

La Dette

L’humoriste Benjamín Castaño est dans le creux de la vague : à peine largué, fraîchement chômeur, il est également en passe d’être expulsé par son propriétaire. Comme si cela ne suffisait pas, des fantômes de son passé ressurgissent et le voici poursuivi nuit et jour par un drôle de personnage accoutré d’une queue-de-pie et d’un haut-de-forme. C’est en réalité l’employé d’un créancier auprès duquel Castaño a contracté une lourde dette, venant lui rappeler en lui criant dans les oreilles son statut et s’assurant qu’il est bien à la recherche d’un emploi. La dégringolade s’accentue encore tandis que sa mère meurt et qu’il est contraint de retourner dans son village natal. Un retour aux sources et des retrouvailles qui seront peut-être salvateurs, à moins que le sort ne continue de s’acharner contre lui.
Les péripéties de Benjamín Castaño effleurent sans cesse la fine frontière entre la tragédie et la comédie. Martín Romero joue à la perfection sur le contraste entre la dureté du propos et un dessin épuré, parfois délibérément naïf, tout en insérant entre des passages dramatiques des interludes remplis d’humour et des flash-backs éclairant les causes de la déchéance du protagoniste : enfance malheureuse, échecs amoureux et problèmes avec sa mère. En toile de fond défilent les unes après les autres toutes les misères de la globalisation dont les conséquences finissent d’accabler le héros : chômage endémique, crise économique permanente, passivité généralisée face aux vrais problèmes de notre société. Entre drame psychologique et critique sociale, Martín Romero réussit pleinement ce récit bourré d’ironie qu’il mène avec désinvolture et cohérence, jusqu’à un dénouement aussi inattendu que radical.